Légendes bretonnes


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Guinvarc’h, le roi aux oreilles de cheval

La légende originale

kalabousen
kalabousen

Comme le roi Midas en Phrygie, le roi Marc'h en Irlande, le roi Guinvarc'h en Bretagne symbolise l'offense à Dieu. Pour le punir de ses fautes et l'atteindre dans sa royauté, Dieu affubla Guinvarc'h d'une crinière et de deux oreilles de cheval.

Si les oreilles pouvaient être dissimulées sous un « kalabousen », la crinière qui ne cessait de pousser devait tous les jours faire l'objet des soins d'un barbier. Pour garder secrète sa disgrâce, Guinvarc'h était contraint de mettre à mort tous les barbiers les uns après les autres.

Parmi les barbiers convoqués se présente, un jour, un jeune homme du nom de « Yeunig ». Il prétendit posséder des ciseaux dotés de pouvoirs magiques. Au grand étonnement de Guinvarc'h, le lendemain, la royale crinière n'avait pas repoussé. Dans la crainte que le phénomène ne fût pas durable, il laissa la vie à Yeunig.

Mais un tel secret était lourd à porter. Dans la crainte de le révéler à son insu, le pauvre Yeunig se décida à creuser un trou au pied d'un sureau, arbre qui avait la réputation d'éloigner le Démon. Dans le fond du trou, il répéta plusieurs fois : « Le roi Guinvarc'h a deux oreilles de cheval, le roi Guinvarc'h a deux oreilles de cheval… »

Il reboucha le trou et oublia l'affaire.

Longtemps après, Guinvarc'h invita, selon la tradition, tous les danseurs des alentours pour refaire l'aire à battre les moissons. Un musicien qui avait besoin de remplacer l'anche de son instrument, alla cueillir une branche du sureau au pied duquel Yeunig avait enterré son terrible secret.

Aussitôt que le sonneur fut monté sur sa barrique, il porta l'anche à sa bouche ; mais avant qu'il ait pu la saisir entre ses lèvres, l'instrument, d'un air moqueur, se mit à jouer seul en répétant à qui voulait l'entendre : « Le roi Guinvarc'h a deux oreilles de cheval, le roi Guinvarc'h a deux oreilles de cheval… »

Furieux, le roi Guinvarc'h jeta le sonneur à bas de sa barrique et se saisit de l'instrument. Dès qu'il approcha l'anche de ses lèvres, on entendit à nouveau la triste vérité.

Couvert de honte Guinvarc’h disparut. Il serait allé cacher sa honte dans l'île Chevalier, près de Pont-l'Abbé. Plus personne ne le revit jamais.

 

La légende adaptée

Durée : 03:50. © Patrick Kersalé 2025.

Dans les tréfonds de la Bretagne, il est des récits que le vent et les eaux transportent encore, au détour des forêts et de chapelles oubliées.

Celui que je vais vous conter est l’un de ces murmures du passé : la légende du roi Guinvarc’h.

À Châteauneuf-du-Faou, la chapelle Saint-Ruelin du Moustoir, bâtie au début du XVIIᵉ siècle, en garde encore un silencieux témoignage.


Guinvarc’h était un roi puissant, perclus de vanité. Comme les rois Midas en Phrygie, Marc’h en Irlande, il porta l’offense jusqu’aux portes du royaume des Cieux. Le châtiment fut alors à la hauteur de sa faute : une longue crinière et des oreilles de cheval greffées à sa tête royale.

Ses oreilles, il pouvait les cacher sous un large « kalabousen ».

Mais chaque jour, sa crinière renaissait, indomptable, et chaque jour il fallait la main d’un habile barbier pour en apaiser l’élan. Pour préserver son secret, Guinvarc’h réduisait alors au silence éternel ceux qui l’avait touchée.

Un jour pourtant, se présenta un jeune homme du nom de Yeunig. Il disait posséder des ciseaux magiques, capables d’apprivoiser la rebelle crinière. Miracle ! Le lendemain, aucun poil ne repoussa. Alors, craignant que le prodige ne soit qu’éphémère, Guinvarc’h laissa la vie à Yeunig…

Mais le trop lourd secret brûlait dans le cœur du garçon. Pour s’en libérer, il creusa un trou au pied d’un vieux sureau, un arbre que l’on disait capable d’éloigner le Démon.

Dans le silence de la terre, il confia son fardeau : « Le roi Guinvarc’h a deux oreilles de cheval… Le roi Guinvarc’h a deux oreilles de cheval… » Puis il reboucha la fosse, soulagé, et repartit.

Bien des lunes passèrent.

Un jour de fête, Guinvarc’h invita tous les danseurs de la contrée pour battre l’aire des moissons. À cette occasion, le sonneur, cherchant à remplacer l’anche de son instrument, coupa une branche du sureau au pied duquel dormait le secret. Dès que le bois toucha sa bouche, la mélodie s'envola d'elle-même, claire et railleuse : « Le roi Guinvarc’h a deux oreilles de cheval ! Le roi Guinvarc’h a deux oreilles de cheval ! »

Emporté par la colère, le roi renversa le musicien et s’empara de l’instrument. Mais à peine en approcha-t-il ses lèvres que, de nouveau, la vérité résonna, implacable, et sa crinière repoussa.

Rongé par la honte, Guinvarc’h se retira du monde.

La légende raconte qu'il partit cacher son secret dans l'île Chevalier, près de Pont-l'Abbé.

Nul ne le revit jamais. Seuls le vent et la mer se souviennent encore de son nom…