Par Patrick Kersalé
Sur les haut-plateaux frontaliers du Vietnam, du Laos et du Cambodge, certaines populations austro-asiatiques et austronésiennes — Êđê, Jarai, Bahnar, Mnong, Tampuan, Katu… — pratiquent depuis des générations une musique fondée sur la coopération absolue. Les ensembles de gongs, joués selon la technique du hoquet, répartissent la mélodie entre plusieurs musiciens, chacun responsable d’une seule note. Cette musique cyclique, sans fin prédéterminée, reflète une vision du temps et du monde radicalement différente de celle de l’Occident moderne. Loin de l’idée d’œuvre individuelle et achevée, elle s’inscrit dans une cosmologie où le collectif, la répétition et la résonance maintiennent l’équilibre entre humains, nature et forces invisibles.
Cet article explore les implications sociales, philosophiques et symboliques de ces pratiques musicales, en les mettant en regard des conceptions occidentales du temps, de l’individu et de la création.
Une musique distribuée : le hoquet comme principe social

Dans les ensembles de gongs, aucune mélodie n’est portée par un seul musicien. Chaque joueur ne produit qu’une seule hauteur et c’est la succession parfaitement synchronisée des frappes individuelles qui fait émerger la mélodie. La musique est donc littéralement « distribuée » : la mélodie n’appartient à personne, mais à l’ensemble.
Ce fonctionnement implique plusieurs choses fondamentales :
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L’interdépendance : aucun musicien ne peut jouer seul la pièce complète.
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L’égalité fonctionnelle : ll n’y a ni note principale ni note secondaire : toutes ont la même nécessité dans la construction du flux musical.
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La responsabilité collective : une seule absence ou erreur déséquilibre l’ensemble.
Ce mode de jeu reflète et renforce une organisation sociale où les tâches essentielles — agriculture sur brûlis, construction des maisons longues, rituels communautaires — reposent sur la coopération, la synchronisation et la répétition collective de gestes appris ensemble.
Une musique cyclique pour un temps non linéaire

Les pièces jouées sur les gongs ont presque toujours un début rituel, mais rarement une fin musicale définie. Elles peuvent durer quelques minutes ou plusieurs dizaines de minutes. Elles cessent non parce qu’elles sont « terminées », mais parce que leur fonction est accomplie : le rituel est achevé, l’esprit invoqué est satisfait, le moment est passé.
Cette absence de final musical révèle une conception du temps profondément différente de celle de l’Occident moderne. Ici, le temps n’est pas une flèche orientée vers un but, mais un cycle :
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cycles agricoles (semis, croissance, récolte),
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cycles de la vie (naissance, initiation, mort),
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cycles cosmiques (saisons, pluie, sécheresse).
La musique, par sa répétition et ses variations minimales, n’illustre pas ce temps cyclique : elle l’actualise. Jouer, c’est remettre le monde en mouvement.
Gongs, pierres et résonance du monde

L'archéologie et les légendes de certaines de ces minorités prouvent qu'avant les gongs de bronze étaient des pierres sonores (lithophones). Il est tentant d’y voir une simple évolution technologique, mais cette lecture est insuffisante. Les gongs, comme les lithophones, ont en commun d’être :
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durables : ils survivent aux générations humaines ;
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résonants : leur son se propage loin, dans la forêt et les vallées ;
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ambigus : ni clairement mélodiques comme une flûte, ni purement rythmiques.
Dans de nombreuses cosmologies locales, le son du gong n’est pas seulement musical. Il est langage, appel, offrande. Il relie les humains aux esprits des ancêtres, aux génies des lieux, aux forces invisibles qui régulent la fertilité de la terre et la santé du groupe.
L’usage ancien de pierres sonores suggère une relation directe avec le paysage : la montagne, la roche, la terre vibrent avec les humains. Le passage aux gongs de bronze n’a pas rompu ce lien, mais l’a transformé, en concentrant la résonance dans un objet à la fois sacré et socialement codifié.
Une musique sans auteur, une mémoire sans origine

Depuis combien de temps jouent-ils ces musiques ? Des siècles, sans doute. Des millénaires ? Peut-être. Mais la question elle-même est occidentale.
Ces sociétés ne cherchent pas à fixer une origine historique précise. La musique n’a pas d’auteur, pas de date de création, pas de version « originale ». Elle est reçue, transmise, ajustée. Elle existe parce qu’elle est rejouée. La vérité d’une pièce ne se trouve pas dans son passé, mais dans sa capacité à fonctionner ici et maintenant.
Face à l’Occident : temps linéaire, œuvre finie, individu créateur

À l’opposé, la tradition musicale occidentale dominante repose sur :
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un temps linéaire (début → développement → fin),
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une œuvre autonome et finie,
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un auteur identifié,
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une hiérarchie claire entre soliste et accompagnement.
Cette vision correspond à une cosmologie où le temps progresse, où l’histoire s’accumule, où l’individu est moteur du changement. La musique devient un objet à contempler, à conserver, à analyser.
Sur les haut-plateaux d’Asie du Sud-Est, la musique n’est pas un objet : c’est une action collective, inscrite dans le flux du monde.
Conclusion : écouter autrement
Les ensembles de gongs et la technique du hoquet ne sont pas de simples curiosités musicales. Ils incarnent une autre manière d’être au monde, où :
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le collectif prime sur l’individuel,
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le temps se répète sans s’user,
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la musique ne se termine pas, elle s’interrompt.
Les écouter vraiment, c’est accepter de suspendre nos réflexes occidentaux : attendre une fin, chercher un thème principal, identifier un compositeur. C’est entrer dans un temps qui tourne, résonne, et recommence – tant que nécessaire.
Pour aller plus loin…
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SIM (jeudi, 08 janvier 2026 21:26)
Bonjour Monsieur Patrick KERSALE ,
Je vous remercie de me faire voyager avec la musique astrale et le son spirituel par des instruments hors norme .
Les gens vivaient avec de riens et ils étaient heureux , joyeux et libres sans penser les impôts et les maladies .
Ils étaient fiers de l’être de vivre ensemble sans pensée et sans souci de la vie juste nous faire découvrir leur musique avec des sons gongs que les instruments modernes ne pourront pas le faire .
Comme vous Patrick KERSALE , vous êtes un homme humain et libre et vous voulez comprendre des gens différents et des differents cultures et de montrer aux gens et des êtres humains qu’on n’avait pas besoin d’être riche pour être heureux juste d’avoir de la compassion et de la tolérance envers les uns et les autres .
Au début à la fin , je vous souhaite au fond du cœur une bonne santé afin de réaliser vos rêves !!!,
Cordialement
Annie SIM